Alors que l’opinion publique attend les choix de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) concernant le futur sélectionneur des Lions de l’Atlas et le Directeur technique national, après le fiasco de la CAN 2019, Sport24info fait le point sur la situation avec le coach marocain, Amine Ammor, jeune cadre formé à la Welsh F.A, avec les plus grands noms du football anglais, également titulaire d’une double licence B Senior et youth, reconnus par l’UEFA. 

L’entraineur Amine Ammor, sur le banc de touche de Lusail City FC.

DTN: profil marocain ou étranger?

« Pour le choix du directeur technique national il faut regarder la compétence d’abord bien avant la nationalité ceci dit je ressens un peu de gêne le fait de penser toujours à un étranger face à des compétences marocaines qui ont prouvé un peu partout et qui sont diplômés des grandes écoles européennes et américaines comme Mohammed Rbah, Hicham Jadrane, Redouane Lhbibani, Moustawdaa, ces personnes sont ouverts et ont déjà prouvés leurs compétences partout et n’ont pas une idée arrêtée du football, toute compétence est bienvenue mais le fait de nier qu’au Maroc on a des entraîneurs compétents me désole. »

Quel projet pour la DTN ?

« Je pense qu’on saute tous une étape bien importante, avant de mettre le projet de la direction technique nationale il faut faire un diagnostic, certains candidats veulent coller leurs projets sans connaître la réalité du football marocain, c’est une arrogance intellectuelle, car chaque région et je pèse mes mots à sa propre spécificité, les qualités des joueurs dans le nord ne sont pas les mêmes dans le sud, ainsi de suite, malgré ça il faut une uniformisation du projet avec l’aide des directeurs techniques régionaux en respectant les spécificités de chaque région, en gros il faut qu’on forme des “problem solvers”, peu importe leurs tailles, il faut donner la chance à tout le monde et la meilleure illustration de ce que je dis c’est Boussoufa, un joueur qui fait 1m67 et qui était le meilleur joueur de l’équipe. L’argument “du physique on est en Afrique” n’est pas très valable, ceci dit il ne faut pas exclure les grands ni les petits, non je suis pour qu’on donne la chance à tout le monde, se baser sur l’intelligence du joueur sur le terrain, sa capacité à résoudre le maximum de problèmes et cela dès ce qu’on appelle dans notre jargon le “baby-football”. Quand tu vois qu’à l’académie d’Aspire, les petits entre 4 et 7 ans doivent travailler sur 8 principes de jeu annuellement tu vois que la stimulation de l’intellect est très importante et plus tôt elle commence mieux c’est réalisé par la suite! Il faut aussi relancer le football scolaire et donner de l’importance au football amateur aussi, il faut que les coachs au niveau scolaire ou en amateur soient qualifiés, on ne peut pas se permettre de rater un talent sous prétexte qu’il est loin et c’est dans ce sens que la régionalisation doit nous faire du bien. Au niveau de la formation des entraîneurs, là encore je suis pour le principe de l’égalité des chances, il faut donner la chance à tout le monde et non pas seulement aux anciens joueurs comme l’avait fait notre ancienne direction technique, c’était une erreur a mon avis il y a Vilas Boas qui n’a jamais été joueur, mais analyste de Boby Robson, il y a Carlos Queiroz qui a eu une carrière de gardien de but qu’en jeune jamais en pro et il y a aussi Pep Guardiola, les trois modèles de ces success-stories sont importants. Il y a beaucoup de jeunes au Maroc qui ont une soif d’aller dans ce sens et nous avons besoin de coachs. À l’Ajax et au Qatar il y a une loi qui dit que pour chaque 12 joueurs il faut un coach, donc nous avons besoin de former nos Marocains afin qu’ils transmettent le savoir-faire par la suite, il faut aussi élargir le nombre des analystes, et que cela soit par rapport a la formation ou par rapport aux équipes nationales de jeunes ou en A, il faut plus d’analystes. Il y a deux types d’analystes les technico-tactiques et les statistiques, il faut avoir notre propre cellule et ne pas opter pour la facilité. L’ancien sélectionneur avait pendant longtemps qu’un seul analyste, à mon avis c’est insuffisant. Beaucoup de jeunes au Maroc peuvent le faire et j’ai quelques noms qui sont pas mal, sinon on les forme et je suis prêt à faire moi même les formations d’analyste, car j’ai travaillé dans ce domaine aussi.

Une fois le diagnostic est fait, là on mettra un projet qui se basera sur l’intellect. Le joueur marocain est technique, mais malheureusement, et là je parle en général, ne sait pas comment se servir de sa technique, ça se voit clairement en Botola ou en compétitions africaines, beaucoup d’équipes nous posent des problèmes simples, qu’on n’arrive pas à résoudre, il faut aussi que la Fédération aide les clubs à acquérir une indépendance technique avec leur propre philosophie et leur propre model de jeu et leurs propres mentoring, je pense qu’il faut créer des académies nationales dans toutes les régions comme l’académie Mohammed Vl, mais également des centres de formation dans tous les clubs. Ce que je dis est en lignée avec le discours du président Fouzi Lekjaâ qui veut transformer les clubs en S.A.  Ne pas oublier bien évidement de s’ouvrir sur les sciences qui peuvent faire du bien à notre football et j’espère que l’université Moulay Rachid sera une référence en production d’étude scientifique par exemple la science de Réflexion qui n’est pas présente du tout chez nous, j’espère qu’on s’ouvrira plus dans ce sens et par la suite tout le monde sera gagnant si on travaille de la sorte. » 

Osian Roberts pressenti à la DTN ?

« C’est l’un des rares profils étrangers que je soutiens, je le connais, c’est quelqu’un de très compétent qui peut faire passer le Maroc à la vitesse supérieure comme il l’a fait à la fédération Galloise, aujourd’hui Peter Crouch, Henry, Roberto Martinez, Ballack, Arteta, Pepjin Lejinders (assistant de Klopp), Joao Tralho ( élu meilleur formateur en Portugal ), Mohammed Rbah, ont été tous formés par lui, malgré beaucoup d’obstacles par exemple la participation de Swansea et Cardiff, les deux plus grandes équipes aux pays de Galles et d’autres équipes galloises aux ligues anglaises professionnelles, il a su chercher les talents et par la suite il leurs a bien vendu le projet gallois, comme Gareth Bale, Ramsey, Joe Allen, ils ont joué ensemble en équipe nationale de jeunes on se souvient tous du parcours extraordinaire des pays de Galles dans l’euro 2016, c’est le fruit d’un long voyage, car il fallait les convaincre, il y a un point en commun avec les pays de Galles. Au Maroc, nous avions beaucoup de jeunes talents courtisés par leurs pays de résidence, les pays de Galles aussi doivent faire face à la concurrence anglaise par exemple Ryan Shawcross qui a changé de sélection et il a opté pour les Anglais, alors que d’autres ont fait le contraire. C’est un homme respecté au sein de l’UEFA, car il est en constance réflexion et travail, il a refusé un tas d’offres d’aller ailleurs malgré l’argent proposé, je pense que s’il vient au Maroc c’est que le projet sportif l’intéresse et moi ce qui m’intéresse c’est sa sincérité. »

Futur coach:Laurent Blanc, Vahid, Ammouta ou Regragui ?

« Pour le choix du coach je suis pour Vahid, j’ai mes propres raisons tactiques: le Maroc est fort dans les 3 moments du jeu qui sont la Défense, et les transitions offensive et défensive, mais dans le quatrième moment du jeu a savoir celui de la possession (attaque placée) nous sommes en dessous de la moyenne, la preuve est que contre toutes les équipes qui ont joué bloc bas, on a trouvé du mal à faire un circuit de passe capable de percer leurs portes de sortie, contre l’Iran, Bénin et même la Namibie. L’ancien coach nous a fait un grand bien sur les 3 moments, mais le 4ème laisse à désirer. Vahid va consolider tout ça et c’est quelqu’un qui joue un beau football, c’est une personnalité forte, après les défaites il faut un homme comme Vahid qui a la personnalité et en même temps un model de jeu qui va vers l’avant. Il a amélioré le ratio de passe vers l’avant de l’équipe nationale algérienne de manière spectaculaire. Pour Laurent Blanc, je suis contre, car je n’ai pas aimé ce qu’il a fait avec l’équipe nationale de France, outre l’affaire des quotas qui pourrait mener au clash avec certains M.R.E. Amouta est la fierté du pays en raison de ses titres, mais il a un style de jeu défensif, malgré beaucoup de titres, mais nous devons penser ballon et développement de jeunes dans un style vers l’avant. Walid est un sérieux concurrent à Vahid même si je pense que c’est encore très tôt pour lui, je le verrais bien à la place de Vahid. Il le mérite. »