Alors qu’il venait d’être relâché après une garde à vue en raison d’une enquête à Paris, pour corruption, le patron de la Confédération africaine de football (CAF) Ahmad Ahmad fait l’objet d’une enquête interne à la FIFA, à cause des accusations de harcèlement sexuel.  

En mars dernier, la CAF limoge son secrétaire général Amr Fahmy après des accusations de ce dernier contre son patron Ahmad Ahmad de pots-de-vin et d’utilisation abusive de centaines de milliers de dollars.

L’ancien responsable égyptien, prend sa revanche et adresse un document à la FIFA le 31 mars, accusant Ahmad Ahmad de corruption mais également de harcèlement sexuel contre quatre femmes membres du personnel. Amr Fahmy n’a pas par ailleurs dévoilé l’identité des présumées victimes. L’instance présidée par Gianni Infantino a par la suite décidé d’ouvrir une enquête à travers ses organes d’éthiques, le dossier refait surface aujourd’hui après l’interpellation d’Ahmad Ahmad à Paris, jeudi dernier, pour être entendu par les services de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLIF), au sujet d’un contrat rompu unilatéralement avec l’équipementier allemand Puma pour s’engager avec la société Technical Steel, basée à La Seyne-sur-Mer. La signature aurait été favorisée par les liens de proximité entre Ahmad Ahmad et un des dirigeants de la société française, selon les accusations de Fahmy. Le président de la CAF a été certes relâché, sans aucune charge retenue, mais le dossier n’est pas totalement clos.

« Viens dans ma chambre et je te donne un travail »

Dans un article publié le lendemain de l’interpellation d’Ahmad, Nytimes, évoque le cas de Mariam Diakite, consultante en relations publiques au Mali, qui a déclaré qu’elle avait été limogée par Ahmad après avoir rejeté ses avances. Bien qu’elle ait été réintégrée plus tard après l’intervention de certains responsables, elle a appris qu’après la plainte déposée auprès de la FIFA cette année, au moins quatre autres femmes avaient présenté des allégations similaires.

La jeune malienne de 34 ans affirme qu’elle avait eu une confrontation avec Ahmad dans une suite d’hôtel lors d’une conférence qu’elle avait été chargée d’organiser à Rabat en 2017. Ahmad aurait justifiait sa décision de licenciement auprès des responsables, par une relation amoureuse qui le lie à Mariam et que ce serait un conflit d’intérêts si elle continuait à travailler avec lui. Une version démentie par la victime présumée.

« Il refusait de me laisser travailler parce que je refusais de l’épouser », a déclaré Diakite. « Quand vous êtes président et que vous prétendez travailler dans le football, vous dites: » Viens dans ma chambre et je te donne un travail « , n’est-ce pas un abus de pouvoir? ». Rajoute Diakite.

Entre temps, deux membres actuels du personnel de la CAF ont envoyé des courriels à la secrétaire générale de la FIFA, Fatma Samoura, une amie d’Ahmad, exposant les allégations de harcèlement sexuel. Ces plaintes ont également été transmises à l’organe d’éthique qui poursuit toujours son enquête.

Samoura, qui était à Rabat pour l’événement, s’est entretenu en privé avec Ahmad dans sa suite. La dispute a finalement été réglée. Ahmad s’était excusé et avait accepté de laisser Diakite poursuivre son travail, ce qu’elle a fait, selon plusieurs témoins présents sur place, dont Isha Johansen, l’une des deux seules femmes leaders africaines, dans le monde du foot.

Une Britannique, s’est exprimée sous couvert d’anonymat à Nytimes. Elle aurait également été harcelée par Ahmad lors du même événement à Rabat. La victime présumée assure qu’il avait insisté pour qu’elle l’accompagne à la chambre. Cette femme, engagée pour effectuer des travaux de traduction lors de la conférence, a déclaré qu’elle avait quitté le poste immédiatement après l’incident et était rentrée en Grande-Bretagne, où elle avait porté plainte auprès de la police de Londres.

Un règlement de comptes ?

Ahmad Ahmad a qualifié ses accusations de « diffamation contre son personnage » et faisant partie d’une attaque contre lui orchestrée par un ancien haut responsable de la Fédération africaine de football. L’entourage Ahmad Ahmad évoque un autre nom qui serait engagé dans ce qu’ils qualifient de « désinformation programmée et diffamatoire ». Il s’agirait de Gerard Dreyfrus, ex consultant sportif à la CAF. Depuis la rupture de son contrat avec la CAF, « Dreyfus mène une campagne de désinformation contre le président Ahmad Ahmad (…) la dame (Mariam Diakite,NDLR) a été écartée par son patron. Elle a donc vite fait de rejoindre le camp Amr et Dreyfus », évoque-t-on pour répondre aux allégations de Diakite.

Le dossier est toujours en cours de traitement par la FIFA. Cette dernière s’apprête à se rendre, les prochains jours, au Caire pour une inspection générale au siège de la CAF, notamment pour enquêter sur les finances de l’instance africaine. Vers une Fifagate africaine, à quelques jours de la CAN 2019 ?