Entre tristesse, déception, choc, amertume, colère, incompréhension… les émotions différent chez les supporters, journalistes, spécialistes de la discipline et autres, mais prennent quasiment le même sens après l’élimination des Lions de l’Atlas. La débâcle face au Bénin signe la fin d’une belle-triste histoire d’une ère qui a démarré il y a trois ans et demi. 

Avant d’étaler le fond de ma pensée, j’aimerais remercier les joueurs, le staff ainsi que les supporters fidèles, journalistes responsables et honnêtes soucieux de l’avenir du football national, pour tout ce qu’ils ont donné, pour leur contribution durant ce cycle de la vie footballistique de l’équipe nationale.

J’emploie le mot « cycle » pour limiter dans le temps une étape importante dans l’histoire des Lions de l’Atlas. Un cycle qui a débuté en février 2016 avec l’arrivée d’Hervé Renard au Maroc et qui prendra certainement fin après son départ très probable et la retraite d’une génération de joueurs.

Cette équipe revenait de loin. En 2016, Renard avait pris les commandes d’une équipe sans âme, divisée et quasiment sans identité de jeu. Quelques mois plus tard, nous avons pu découvrir une formation, malgré les multiples absences pour blessures, combative, solide et engagée dans le jeu. S’en suivent les qualificatifs au Mondial et un billet pour la Russie arraché d’Abidjan avec un Onze qui faisait rêver tout un pays.

L’après Mondial s’annonçait compliqué, des hauts et des bas entre la Fédé et le coach, Benatia qui prenait une retraite internationale provisoire, des victoires difficiles durant les qualificatifs pour la CAN 2019, puis l’organisation de cette même CAN retirée au Cameroun, et accordée à l’Égypte, alors que le Maroc, principal plan A de la CAF, s’est désisté à la dernière minute pour des raisons qui demeurent à nos jours inconnues.

Un « Après Mondial-avant CAN » compliqué dans l’ensemble, avec notamment l’épisode Hamadallah qui a visiblement déstabilisé le mental des joueurs, dont la plupart des cadres avaient choisi de s’exiler au Golfe, obligeant le coach à faire des concessions, lui qui avait affirmé auparavant son refus de convoquer des joueurs évoluant au Qatar-Arabie Saoudite-EAU.

En Egypte, malgré une prestation costaud face à la Côte d’Ivoire, l’envie et la combativité des joueurs de remporter les matchs même en difficulté, je sentais à titre personnel que le changement s’impose dans cette équipe après la CAN 2019, en dépit du résultat obtenu à la fin de la compétition. Pourquoi ?

Le schéma tactique de cette équipe installé par Renard depuis son arrivée réussit à chaque fois que nous jouons devant une équipe qui s’active devant et qui ose faire le jeu, mais échoue ou s’impose dans la difficulté contre des équipes qui joue avec dix joueurs en défense. Le coach n’a à aucun moment tenté ou inventé une solution B pour sa formation. Renard a su liquéfier le ciment de cette équipe autour d’un pressing haut, un engagement physique ordonné aux défenseurs comme aux attaquants, mais a manqué de créativité tactique. L’incapacité de trouver des issues pendant les matchs d’Iran, Comores, Cap-Vert, Afrique du Sud et le Bénin, prouve les limites de l’homme dans ce sens.

L’équipe construite autour d’un capitaine qui ne l’assume pas vraiment a besoin d’un nouveau leader. Je remercie Benatia pour tout ce qu’il a réalisé, le grand joueur qu’il est comprendra certainement qu’il est temps de sortir par la grande porte, comme ont décidé de le faire Karim Ahmadi et le très grand Mbarek Boussoufa qui semble pourtant encore plus performant que d’autres plus jeunes éléments de l’équipe. Il en va de même pour Nabil Dirar qui peine depuis quelque temps à assurer ses rôles défensifs et offensifs à la fois. Merci à vous, mais la vie d’un groupe est faite ainsi.

Hervé Renard a fait confiance à son groupe, quelque soit le prix, mais le résultat d’hier fut catastrophique. Le prochain meneur du staff technique des Lions devra construire autour de l’ossature encore apte à jouer (Belhanda, Saiss, Amrabat…) afin d’assurer la transition et la jeunesse de cette équipe, ainsi que les produits intéressants de nos clubs et certains bons noms des U23 et U19. Le tout avec une nouvelle philosophie d’équipe et de groupe. Garder tout ce qui est bon de l’héritage du cycle Renard et corriger les lacunes, principales causes de cette élimination. Mais surtout ne pas sombrer dans les débats populistes et préserver les acquis.