Accusée de s’être soustraite à un contrôle antidopage, le 27 mars à Marrakech, la marathonienne Clémence Calvin écope d’une suspension et risque de rater le marathon de Paris, dimanche prochain. La vice-championne d’Europe révèle pour Sport24 sa version des faits, et porte un éclairage sur les soupçons de dopage à Ifrane.

 

Sport24: Tout le monde parle de l’affaire Clémence Calvin. Que s’est-il passé le 27 mars à Marrakech ?

Clémence Calvin: Je marchais seule vers 18h quand il m’ont interpellé. Avec les 3 personnes, on a rejoins mon mari qui était à 200m et quand j’ai rejoins mon mari l’altercation a commencé. Il faut savoir que nous avions donné, mon mari et moi, nos localisations à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Conformément à la procédure, je pouvais faire l’objet d’un contrôle inopiné entre 20h et 21h, et mon mari, Samir Dahmani, de 8h à 9h du matin.

Ils ne m’ont montré aucune carte ni document prouvant leur identité. Une de ces personnes a fait tomber mon fils par terre. Il s’est mis à pleurer. Mon mari est revenu, il a demandé des explications, avant de quitter le lieu de l’incident.

On était vraiment choqués, mais on a préféré passer la soirée en famille, d’autant plus qu’on fêtait l’anniversaire de mon fils qui a deux ans.

Pourtant, les mêmes agents de l’AFDL sont revenus le soir dans le quartier où on résidait, et se sont mis à toquer aux portes de plusieurs maisons en se présentant comme des gendarmes français. Ils criaient, essayaient de rentrer chez les habitants et prenaient des photos de façades des maisons.

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S24: Avez-vous alerté la police marocaine ?

C.C: Nous nous sommes présentés le lendemain au commissariat du district de M’Hamid pour déposer une plainte contre ces trois personnes pour violence et menaces. Ils ont pris ma déposition, et transmis le dossier à la police judiciaire. C’est grave ce qui s’est passé.il faut arrêter de croire que le Maroc est encore sous le protectorat français.

S24: Pourquoi n’êtes-vous pas rentré illico en France pour vous expliquer avec l’AFLD ?

C.C: Quand l’abattage médiatique a commencé autour de cet incident, j’ai préféré rester loin vu que mon objectif était de participer au Marathon de Paris. J’étais en fin de préparation et il fallait que je garde un maximum d’énergie, ne pas rentrer pour éviter d’être confrontée à toutes ces méchancetés. Quand je suis rentrée, sur les conseils de mon avocat, j’ai organisé une conférence de presse pour raconter ma version des faits.

S24: Étiez-vous à Ifrane avant de venir à Marrakech ?

C.C: Absolument pas. J’ai fait un voyage Marseille-Marrakech où était enregistrée ma localisation en cas de contrôle anti-dopage. Durant mes phases de préparation en janvier dernier, j’étais à Ifrane, et vu que j’étais en phase de préparation terminale pour le marathon de Paris qui aura lieu le 14 de ce mois, on a décidé d’aller à Marrakech pour profiter de la vie de famille dans ce site attractif, d’autant plus que mon mari, sportif de haut niveau, était en vacance athlétique.

S24: Existe-t-il un lien entre votre incident à Marrakech avec les agents de l’AFLD et l’annulation d’un stage de la Fédération française d’athlétisme à Ifrane ?

C.C: Il n’existe aucune raison fondée pour prendre cette décision. Je suis déjà allée à Ifrane pour profiter du microclimat du site et pour les facilités que j’ai sur place à faire garder mon enfant par des amis pendant que je m’entraine. Je ne sais pas si j’ai été utilisé comme prétexte pour que la Fédération française d’athlétisme décide de boycotter Ifrane.

S24: Que pensez-vous de toutes ces rumeurs de dopage à Ifrane qui font la une de certains médias français?

C.C: Comme tout le monde le sait, pendant les années 2000, les rumeurs de dopage réel ou supposé enflammaient l’imagination des uns et des autres. Paradoxalement, les médias en France ne rapportaient pas ce sujet. On avait même signé des conventions pour des stages au Maroc. À titre personnel, je n’ai rien constaté en termes d’incitation au dopage, que ce soit au Maroc (Ifrane), en France ou au Kenya.

S24: Plusieurs médias de l’Hexagone parlent de votre refus d’obtempérer au contrôle antidopage inopiné ce 27 mars ?

C.C: Je suis une athlète de haut niveau et je sais ce que c’est un contrôle inopiné. J’ai eu 24 prélèvements depuis le mois de janvier 2018, et le dernier contrôle que j’ai eu cette année date du 17 mars. J’ai déjà eu des contrôles avec la gendarmerie à 6h du matin, et j’ai même eu un contrôle « au chaud », ce qui désigne un contrôle loin de la localisation déclarée sur le logiciel ADAMS (Système d’administration et de gestion antidopage).

S24: Lors des championnats d’Europe 2018 à Berlin, vous avez terminé 2e. Est-ce un résultat qui a soulevé les soupçons et l’acharnement de l’AFLD ?

C.C: J’ai toujours été honnête, mais il semble que Damien Ressiot, directeur des contrôles au sein de l’AFLD ne croit pas en la performance sportive et voit du dopage partout. Il a fait le déplacement à Marrakech en sa qualité de superviseur de l’opération, et ça a dérapé. Le lendemain de l’incident, on n’a reçu aucun contrôle.

S24: À la suite de votre suspension provisoire, vous allez être auditionnée demain (vendredi) au conseil d’Etat. Comment appréhendez-vous ce moment ?

C.C: L’avocat a lancé une procédure en référé pour lever cette suspension et me permettre de participer le dimanche au marathon de Paris. Même si ce qui m’est arrivé est difficile à digérer, j’ai la chance d’être bien entourée au moment de mon séjour au Maroc et également après mon retour en France. Depuis que cette affaire s’est enclenchée, je ne lis pas la presse et je reste loin des réseaux sociaux pour préserver ma concentration. J’espère que justice me sera rendue, car j’ai subi une triple peine. Je me suis fait violenter à Marrakech, par la suite j’ai été lynchée par les médias, et puis maintenant j’ai écopé d’une sanction sportive.

Propos recueillis par Hicham Oulmoudden