Nadal: «L'une des meilleures saisons de ma carrière»

Obtenu sans difficulté (6-3, 6-3, 6-4 contre Kevin Anderson), cet US Open offre à Rafael Nadal un 16e sacre en Grand Chelem, le deuxième en 2017. Réaction.

De notre correspondant à New York

Comment résumeriez-vous cette finale à sens unique ?
Rafael Nadal : Je suis très heureux. Ces deux semaines ont été géniales. Mon niveau a augmenté, ma confiance aussi. J’ai ce trophée avec moi (il regarde vers la coupe, posée devant lui), encore une fois, ici à New York. Cela représente beaucoup pour moi. Il n’y a pas de meilleur moyen de finir le Grand Chelem, après une saison très chargée sur le plan émotionnel, sur tous les aspects.

Surtout parce que la saison précédente fut très difficile ?
Oui, je vais vous dire ce qu’il s’est passé l’an dernier : j’étais prêt à gagner Roland Garros ! Ça c’est la vérité. Je ne dis pas que si je ne suis pas blessé, je gagne Roland Garros à coup sûr, car c’est quelque chose que l’on ne peut pas prédire, mais je peux vous dire honnêtement que je me sentais prêt à le gagner, parce que je jouais bien. Mais quand vous avez une blessure, toute la saison semble être un désastre.

Vous et Roger Federer vous retrouvez à nouveau en possession de tous les trophées du Grand Chelem, cela paraissait inimaginable il n’y a pas encore si  longtemps…
Oui, cela aurait été difficile d’imaginer il y a huit ou neuf mois que nous allions chacun gagner deux tournois du Grand Chelem. Mais nous y sommes, et je ne peux que remercier la vie pour cette opportunité. Je pense avoir bien bossé. J’ai cru au travail, à travailler tous les jours, tout le temps. Je crois toujours qu’il y a des choses à améliorer, et je me lève tous les jours avec cette passion pour aller sur le court et essayer d’améliorer quelque chose. C’est probablement pour cela que j’ai encore des chances d’être compétitif dans ce sport et de le pratiquer à un haut niveau.

2017 est une saison qui fera date dans votre carrière ?
Oui, bien sûr, c’est une année très spéciale. J’ai eu deux années sans gagner en Grand Chelem, deux années avec des problèmes. 2016 et 2014, j’ai eu des blessures, de grosses blessures au milieu de la saison, et c’est impossible de s’en remettre dans la même année. Et 2015, ce n’était pas des blessures, ou pas physiques en tout cas. C’était une blessure mentale (sourire). Donc c’est vrai qu’après quelques années sans pouvoir être compétitif à ce très haut niveau, je suis très heureux d’être de retour.

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On vous sent assez épanoui, libéré même, sans être euphorique…
En terme de résultats, c’est l’une des meilleures saisons de ma carrière. J’ai gagné des titres et joué dans trois finales du Grand Chelem. C’est beaucoup, non ? C’est tellement difficile. A Wimbledon j’ai perdu le match 15-13 dans le 3e set pour aller en quart de finale. Sur terre battue, j’ai gagné pratiquement tous mes matchs. Mais c’est comme ça. Je suis quelqu’un qui, assez naturellement, n’a pas beaucoup de hauts et de bas. Quand je suis dans un moment négatif, je ne vais pas très bas. Et quand je suis dans un moment positif, probablement comme maintenant, je ne pense pas être si bon que cela. Je suis quelqu’un d’assez naturel, normal.

C’était votre dernière saison avec votre oncle Toni, qui vous entraîne depuis 28 ans, lorsqu’il vous a mis une raquette dans les mains à 3 ans. Pouvez-vous évoquer ce que cela signifie ?
Toni va s’arrêter et se focaliser sur l’académie. Ce qui va être génial pour mon académie, et pour les enfants. Mais ça ne veut pas dire que Toni ne va plus jamais voyager avec moi. Non, non, je pense que ce serait stupide de dire cela. Mais c’est vrai qu’il ne sera plus dans mon quotidien, aux entraînements, dans les voyages… J’ai déjà deux coaches pour le relayer avec Carlos (Moya) et Francis (Roig), on verra si j’ai besoin de quelqu’un d’autre, mais je pense avoir assez de gens pour m’aider, et je suis heureux avec l’équipe que j’ai.

C’est aussi une saison spéciale parce que vous gagnez deux trophées du Grand Chelem (avec Roland Garros) et Roger Federer les deux autres (l’Open d’Australie et Wimbledon). Pensez-vous aussi à cette rivalité entre vous ?
Je n’ai jamais vraiment réfléchi à cela. Je joue à ma manière. Lui à la sienne. On verra quand on aura fini non ? Bon, si j’en avais gagné deux cette année et qu’il n’en avait pas gagné deux lui aussi, on serait plus proches, mais cela s’est encore reproduit une année de plus et il en a 19, je crois. J’en ai 16. Donc trois cela fait une grosse différence. Je ne pense pas vraiment à ce genre de choses. Comme je l’ai déjà dit, je n’y pense pas trop. On verra pour la fin de la saison aussi. Le tennis, ce n’est pas que les tournois du Grand Chelem, il y a d’autres tournois et je suis excité pour le reste de la saison.

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Tout de même, vous connaissez l’histoire de votre sport et l’importance que cette rivalité représente, non ?
Evidemment, cette rivalité a été importante pour notre sport, je pense. Surtout parce que nous avons deux styles très différents, différentes personnalités, et on s’est battus pour les titres les plus importants pendant si longtemps. Je pense que cela a été une super promotion pour notre sport. Et aussi parce que notre relation a toujours été amicale, pleine de respect. Donc oui, je suis heureux d’avoir pris part à cette rivalité, mais en même temps, j’ai joué plus de matchs importants contre Novak (Djokovic) que contre Roger, aussi.  Je pense avoir été impliqué dans plusieurs rivalités. Je me sens heureux d’avoir fait partie de chacune. J’ai aussi fait partie d’une ère où trois joueurs ont accompli 19, 16 et 12 (trophées du Grand Chelem, respectivement pour Federer, Nadal et Djokovic donc). C’est énorme, non ? C’est une page remarquable dans l’histoire de notre sport.

Y a-t-il quelque chose de presque miraculeux là-dedans ?
Oui, c’est génial et en même temps, cela a été difficile de gagner beaucoup de ces titres. Mais quelque part, on se doit d’être très heureux, non ? Car je ne pense pas que d’autres joueurs se soient joués autant que moi, Roger et Novak. On a gagné tellement de choses et je pourrais même dire que nous avons tous les trois gagné encore plus que ce que l’on aurait pu imaginer. On se sent très heureux de tout ce qui nous est arrivé. On se sent chanceux, quelque part.