Le Camerounais pourrait devenir, samedi à Boston, le premier champion du monde UFC du MMA français.

Avec son large plastron et ses pattes d’ours, Fernand Lopez a des faux-airs de Jeremy Renner, le héros de «Démineurs». Précautions nécessaires. Car comme dans le film aux six Oscars de Kathryn Bigelow, le patron et coach du MMA Factory traite une matière explosive. Dans la salle d’entraînement parisienne pleuvent les bombes.  Elles sortent des poings de Francis NGannou, un colosse de 1,93m pour 120 kg. «Un phénomène» dixit son entraîneur, appelé à régner au sommet des Arts Martiaux Mixtes (MMA).

Samedi à Boston, le Camerounais de 31 ans va tenter d’arracher à l’Américain Stipe Miocic la ceinture des poids-lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), l’organisation de référence où s’affronte la crème de la crème du MMA mondial. Jamais avant lui un combattant issu de la filière française n’était parvenu à se hisser si haut. Une belle récompense pour les artisans de cette discipline encore décriée pour sa violence et dont les compétitions restent interdites dans l’Hexagone. Le «title shot» obtenu dans le Massachusetts constitue aussi une «immensfierté» pour Fernand Lopez, acteur et témoin de l’ascension fulgurante de son poulain, entré pour la première fois dans la fameuse cage il y a à peine cinq ans.

Carrières de sable et nuits dans un parking 

«Ma vie a toujours été une forme de combat». Attablé dans une brasserie de la porte Dorée où il a ses habitudes après l’entraînement, Francis NGannou, biceps ultra moulés dans un t-shirt flashy, déroule pour Le Figaro son incroyable histoire. D’une voix douce et sans lassitude malgré les multiples sollicitations dont il fait l’objet avant le Jour J. L’homme est un rescapé. «Je suis arrivé en France en 2013 avec à peine cent euros dans les poches. J’étais sans-abris, je dormais dans un parking.» En débarquant en Europe, le natif de Batié, sur les hauts-plateaux camerounais, n’a qu’un objectif : faire carrière dans la boxe anglaise. S’élever socialement pas le sport et mettre KO la fatalité après une enfance difficile. La blessure est profonde. Le sentiment d’injustice toujours présent.

«Ma famille était très pauvre. A partir de 12 ans, je devais travailler dans les carrières de sable l’été pour subvenir aux besoins de mes proches et acheter mes fournitures scolaires. Malgré mes efforts, j’étais toujours mis à l’écart à l’école», raconte-t-il avec tristesse. Force de la nature capable de faire le travail de trois ouvriers barre à mine à la main – «c’est génétique, mon papa était costaud aussi» -, NGannou se rêve donc une carrière dans le noble art. Personne n’y croit sauf lui. «Les gens au village se moquaient de moi et disaient que j’avais perdu la boule. Pour eux, il faut être maçon ou fermier, il n’y a pas d’autres issues. Je suis parti sans me retourner».

Loin des siens qui n’approuvent pas sa décision, le colosse connait la galère à Paris, mange grâce aux associations humanitaires et leur rend en donnant un coup de main. Un jour, il pousse les portes d’une salle du 11e arrondissement. Pilier du club, Didier Carmont le pousse rapidement à rentrer dans une cage plutôt que monter sur un ring classique. «A mon âge, c’était difficile de percer dans la boxe, se rappelle NGannou. Didier, qui m’a sorti de la rue, m’a tout de suite vu un avenir dans le MMA. Il me disait que je pourrais vite gagner des sous». Une nécessité pour dire adieu aux séances d’entraînement effectuées parfois le ventre vide.

Combats expéditifs

Envoyé chez Fernand Lopez, sommité du MMA, l’athlète impressionne d’entrée. «Dès la première séance, j’ai senti que Francis et le MMA, ça allait être quelque chose. Physiquement, c’est un monstre. Et peu de poids-lourds sont capables de bouger comme lui», expose le coach, également bluffé par «la capacité d’adaptation» du prodige. «Au début le MMA n’était pas mon truc, avoue ce dernier. Pour moi c’était juste de la bagarre alors que c’est un sport très technique et très intelligent où David peut battre Goliath». Lui fait plutôt partie de la 2e catégorie. Redoutable «striker» (combattant utilisant principalement des techniques de percussion tels les coups de poing, pied, genou, coude), NGannou a «terminé» tous ses adversaires de l’UFC par KO ou presque (6victoires-0 défaite). Ses combats sont expéditifs à l’image de celui remporté contre Alistair Overeem début décembre sur un uppercut effrayant de puissance (voir vidéo). Le geste a été élu KO de l’année 2017 par des fans extatiques à chaque sortie du «Predator».

De nature discrète, l’intéressé se laisse parfois griser face aux éloges et distribue quelques «punchlines» sur les réseaux sociaux. Rien de très méchant dans ce sport où il faut aussi faire le show hors de la cage pour se vendre, à l’image de la mégastar irlandaise Conor McGregor. De toute façon, son coach, Fernand Lopez n’est jamais loin pour lui ramener les pieds sur terre. «J’ai le mauvais rôle car tout le monde dit à Francis qu’il beau, grand, fort et qu’il va devenir riche. Moi, je sais qu’il y a des failles dans la cuirasse. Ça m’obsède et je deviens perfectionniste. Je passe des nuits entières devant des vidéos à essayer de chercher le point faible chez l’adversaire», souffle le professeur insomniaque. Couvé comme un fils à Paris, l’élève vit à Las Vegas depuis huit mois. Appartement, voiture, complexe d’entraînement dernier cri, l’UFC est aux petits soins pour lui dans le Nevada, consciente qu’elle tient peut-être là sa nouvelle tête de proue et une potentielle machine à cash. Mais pour préparer le combat le plus important de sa vie, Francis NGannou a choisi Paris et le MMA Factory. «Avec Fernand, on a la recette gagnante. Et puis j’avais le mal de la maison», sourit-il. A force de la chercher, le titan a enfin trouvé sa place.